Le Monde a publié un article très intéressant, que l'on soit favorable ou non à Sarkozy, sur la politique économique de notre Président. L'auteur s'interroge sur la doctrine que suit Nicolas Sarkozy : libéral ? Keynésien ? Protectionniste ? Incohérent ? Eclectique ? Novateur ? Un peu de tout cela selon l'auteur, au grès du vent et des besoins.

A lire ici : "Le sarkozysme, une doctrine économique non identifiée" (Le Monde Economie, 02/07/2007)

Quelques extraits (j'ai mis en gras ce qui me paraissait marquant, il s'agit bien entendu de ma lecture complètement orientée et subjective ;-) ) :

Sous l'étiquette "libérale", on pourrait placer le bouclier fiscal, la fin des droits de succession et l'exonération des charges sur les heures supplémentaires, qui devraient être votés lors de la session parlementaire de cet été, ou encore l'assouplissement des règles du marché du travail qui vont être négociées cet automne avec les partenaires sociaux.

Mais on pourrait tout aussi bien apposer l'étiquette "keynésienne" à la "pause" dans le désendettement de l'Etat, annoncée dès le 24 mai, l'injection de 10 à 15 milliards d'euros - via les exonérations fiscales - dans le pouvoir d'achat des Français, la volonté de développer une "politique industrielle" (discours du Bourget le 23 juin) et de lancer des programmes d'infrastructures (le 26 juin à Roissy). Ou faudrait-il plutôt choisir le label protectionniste avec la suppression de la référence à "la concurrence libre et non faussée" dans le mini-traité européen (23 juin à Bruxelles) ? Incohérence ? Eclectisme ? Stratégie novatrice, qui ne se dévoilera qu'en temps voulu ? Les économistes hésitent entre ces diverses interprétations, qui laissent d'ailleurs l'intéressé indifférent, tant "il se méfie des théories, et des intellectuels en général", observe l'un d'entre eux.

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Pour Dominique Plihon, professeur à Paris-XIII et membre du conseil scientifique d'Attac, "Nicolas Sarkozy fait du "gramscisme" de droite : ce sont les idées qui sont au service de la conquête du pouvoir, et non le pouvoir qui est au service d'une idée". Le président de la "rupture" se situerait ainsi dans la lignée de tous les gouvernements depuis 1983 : "Dans une économie ouverte et financiarisée, il est quasiment impossible de mesurer l'impact de telle ou telle mesure, et donc de choisir "la bonne". Eclectisme et incohérence sont le résultat du désarroi de l'analyse économique", observe Franck Van de Velde, maître de conférences à Lille-I et membre de l'Association pour le développement des études keynésiennes (ADEK).

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Les économistes s'accordent d'ailleurs globalement, quelle que soit leur opinion, pour estimer que le "paquet fiscal" qui sera voté cet été n'aura que peu d'effets, que ce soit sur la consommation, la production ou le chômage. Christian Saint-Etienne craint que les 10 à 15 milliards qu'il coûtera manqueront lorsqu'il faudra financer les autres mesures promises - université, marché du travail, infrastructures - et que ce choix des priorités est "une erreur de politique économique majeure". Pour M. Plihon, ce n'est de toute façon pas l'effet économique qui est recherché. "Baisser les impôts des plus riches, déréguler le marché du travail et dénoncer la libre concurrence vont dans le sens de l'alliance qu'a passée le président avec les dirigeants des grandes entreprises françaises qui, derrière le discours libéral, veulent eux aussi se protéger des effets de la mondialisation."